Lucia Aguda s'est sauvée de sa maison, à Kericho, avec ses huit enfants. Chacun n'a pris que les vêtements qu'il portait et quelques ustensiles domestiques. Lucia et ses enfants étaient parmi les derniers Kisii à prendre la fuite. Cette ethnie regroupe quelques 20 000 personnes dans la région de Kericho. La plupart s'étaient déjà sauvés durant les cinq jours précédents.
Aujourd'hui, ils campent à même le sol en face de la préfecture de Kericho, après avoir été
battus et
menacés par des personnes dont certaines avaient vécu et travaillé avec eux pendant plus de 13 années.
L'expérience vécue par la famille de Lucia illustre les conséquences que les affrontements ont sur les familles au Kenya.
250 000 personnes, dont la plupart sont des femmes et des enfants, ont été déplacées par le conflit. Dans l'immédiat, il n'existe aucune perspective de retour des déplacés chez eux. En ce moment, les gens fuient, parfois sous escorte policière, des régions, des quartiers, où ils ont vécu pendant des années, victimes de violences ou d'intimidations. Beaucoup, transportés en bac vers des endroits où ils n'ont jamais vécu, vont seulement trouver refuge vers la région d'origine de leur famille. Les
tensions et la
violence entre communautés poussent les gens à se regrouper en fonction de leur ethnie : c'est un mouvement qui va à l'encontre de ce qu'a connu le Kenya pendant des décennies.
Les mouvements de population et la situation de confusion dans laquelle le pays est plongé font peser un lourd tribut sur les enfants, menacés par le
froid, le
manque de vivres et d'eau potable, le risque
d'abus et de violences sexuelles. Leurs traumatismes sont multiples, liés à la perte de leurs amis, à l'interruption de leur scolarité ou pour d'autres à la séparation d'avec leur famille.
L'Unicef et les organisations humanitaires apportent en urgence vivres, eau, abris, médicaments. Des démarches sont entreprises pour recueillir les enfants séparés et retrouver leurs proches. L'Unicef forme les adultes à identifier les traumatismes chez les enfants et à leur apporter une réponse en terme d'écoute et de dialogue. L'ampleur de la crise a conduit l'Unicef a lancer un appel d'urgence, réclamant 3,5 millions d'euros.